Sciences

Un ordinateur portable à 100 dollars? Oui, fin 2006

Technologie - Le défi du directeur du MIT Media Lab vise un but humanitaire.

anne-muriel brouet
Publié le 17 septembre 2005

«Il fut un temps où je connaissais toutes les personnes connectées à Internet.» Pionnier, Nicholas Negroponte l'est incontestablement. Comme les gens éclairés, le directeur du prestigieux MIT Media Laboratory, aux Etats-Unis, veut partager avec un maximum de monde son enthousiasme. Ajoutez une renommée internationale, des contacts bien placés et une touche de bienfaisance. Voilà réunis les ingrédients pour un projet fou: un ordinateur portable à 100 dollars afin que chaque enfant du globe en dispose.

Le prototype est promis pour le 17 novembre prochain et le lancement à la fin 2006. «Nous dormons mal la nuit», a reconnu Nicholas Negroponte jeudi soir à Genève, invité de l'American club international de Genève.

Comment relever le défi? Pour cet avocat de la technologie digitale, la question de la connectivité se réglera d'elle-même. «Les prix des communications vont baisser et celles-ci deviendront de plus en plus rapides.» Et d'ajouter: «Et si la Suisse est encore chère, c'est votre problème et non une question de technologie.»

L'engin ensuite. «50% du prix d'un ordinateur passe aujourd'hui dans la vente, le marketing, la distribution ou... le profit. Dans la mesure où nous discutons directement avec les gouvernements, qui se chargeront de distribuer la machine aux enfants, ces frais disparaissent.»

Exit Microsoft


Dans les 50% restant, l'écran est un poste important. La solution s'avère technologique: un écran à encre électronique qui a l'avantage d'offrir une excellente définition pour un coût moindre qu'un écran LCD. Pour le solde, on réduit à l'essentiel: pas de centaines de gigabits inutiles, exit Microsoft au profit du système d'exploitation Linux et bienvenue aux logiciels open source , gratuits.

Enfin, la quantité reste un facteur déterminant du prix. «Aujourd'hui quelque 40 millions de portables sont produits chaque année. Nous visons 100 millions par an, ce qui restera bien insuffisant, mais devient intéressant pour un fabriquant», conclut Nicholas Negroponte.

De fait, des poids lourds se sont déjà lancés dans l'aventure. AMD, un des principaux fabricants de processeurs, Google, premier moteur de recherche du monde, et Rupert Murdoch, magnat des médias, ont lâché plusieurs millions de dollars.

Un portable pour chaque enfant, certes, mais avec quel contenu? Pour le directeur du MIT ce n'est pas un problème. D'abord il y a (saint) Google, portail d'accès à Internet. Ensuite, des logiciels open source . Enfin, «il existe beaucoup de façon d'apprendre dont les meilleures ne sont pas toujours les plus traditionnelles. L'apprentissage n'est pas dirigé par le contenu mais par l'accès», assure Nicholas Negroponte. Les enseignants apprécieront.

Gare au marché gris

Mettre Internet dans toutes les mains revient-il à offrir un revolver au meurtrier potentiel? «Autant qu'apprendre à lire est dangereux», répond le pionnier du digital. «Pour chaque grand problème du monde, la meilleure réponse est l'éducation.»

Pour autant, il n'est pas naïf. «Nous sommes très inquiets de la création d'un marché gris. Et conscient qu'il sera difficile de mettre un portable dans les mains de chaque enfant.» Mais cela ne freine en rien son enthousiasme.

 


 

10 à 20% d’illettrés en Suisse

L'ordinateur à 100 dollars, c'est rendre l'éducation accessible à toutes les petites mains, défend Nicholas Negroponte, instigateur du projet. Mais est-il suffisant de fournir l'outil? Pour ceux qui ne sont pas nés avec un ordinateur au bout des doigts - soit avant 1990 -, la société de l'information et ses constantes mutations technologiques ne constituent pas toujours un océan navigable.

C'est ce que montre l'étude de chercheurs de l'EPFL qui ont pour la première fois analysé en Suisse la fracture numérique, c'est-à-dire le fossé entre ceux qui se sentent intégrés à la société de l'information et ceux qui s'en sentent exclus.

L'étude financée par le Fonds national suisse révèle que ce sont les individus moyens en terme de compétence - constituant la majorité de la population helvétique - qui paraissent le plus souffrir de tels sentiments d'exclusion numérique.

«Il ne suffit pas d'avoir accès à Internet, il faut encore savoir l'utiliser, pouvoir distinguer l'important de l'accessoire dans l'immense flot d'information diffusé», a déclaré Luc Vodoz, responsable du projet. «Il faut non seulement pouvoir lire et comprendre un texte, mais aussi avoir une bonne capacité d'analyse et de synthèse, des compétences que ne possèdent pas les quelque 15 à 20% d'adultes qui souffrent d'illettrisme en Suisse.»

En revanche, la recherche ne révèle pas de clivage ville- campagne en matière d'intégration numérique. Les centres urbains pourraient même être à la traîne.
(amb)